Une ville est constituée comme un corps humain. Déjà tout minot, j’en avais l’intuition. J’avais localisé toutes les fonctions de la cité. J’avais deviné où se situait son esprit, son coeur, et évidemment, l’artère qui l’irriguait et le faisait battre. La rue Colbert était l’aorte de vie de la bourgade, tout se passait là, entre le supermarché Ifaprix d’un côté, et le Montlaur, de l’autre. En dehors, à l’époque, il n’existait rien d’autre, à moins d’aller jusqu’à Aix en Provence. La ville vivait au rythme de cette allée commerciale, et s’endormait, deux jours par semaine, le dimanche et le lundi. Les fortunes locales se répartissaient entre les « terriens » et les commerçants, et comme il est de coutume dans la mentalité provençale, le nouveau était toujours mal venu, surtout s’il essayait de modifier l’ordre établi. Alors, longtemps, Pertuis ne fut que Colbert, et champs, figée et frileuse, et l’enfance passée, la jeunesse la fuyait. Aujourd’hui, c’est un souvenir qui anime ma plume et mon pinceau, et comme beaucoup de locaux énamourés, je me plais à déposer, qui une couleur ou un mot sur la toile de nos souvenirs communs, pour ré enchanter notre chez nous, à nouveau réveillé .

Tahar Mazouz